Tribune EELV21 : Les impôts des contribuables dijonnais n’ont pas à éponger les errements du capitalisme sportif et de son modèle ultra-libéral
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Le président de Dijon métropole a proposé en décembre 2020 d’exonérer le DFCO de redevance d’occupation du stade Gaston Gérard et a présenté cette mesure d’exonération comme un moyen de répondre aux difficultés financière du club suite à la crise du coronavirus. Or les difficultés financières des clubs professionnels de football sont bien davantage du à leur avidité qu’à la crise sanitaire. En effet, les clubs professionnels regroupés au sein de la Ligue de Football Professionnel (LFP) ont délaissé leur partenaire télévisé historique Canal+ pour un concurrent espagnol Mediapro qui leur promettait des rémunérations faramineuses pour leurs droits télévisés. Avidité des clubs français qui se sont fait piégés par cette promesse bien supérieur aux droits télévisés précédents. Promesse inconsidérée de Mediapro qui n’avait en réalité pas les moyens de payer cette somme mais qui espérait revendre ensuite à la découpe ces droits télévisés et ainsi empocher une plus-value. Cependant, Médiapro n’est pas arrivé à revendre à la découpe ces droits télévisés et a du créer tardivement une chaîne de télévision dédiée (la défunte Téléfoot) pour commercialiser auprès des particuliers ses droits télévisés. La Ligue italienne de football a refusé une promesse aussi mirobolante de Mediapro qui n’était pas en mesure de proposer une garantie financière par une banque. Les clubs de foot professionnels français, piégés par leur cupidité, n’ont pas conditionné la signature du contrat à une garantie financière de Mediapro par une banque, de peur de rater les milliards d’euros promis. Cette garantie bancaire les aurait pourtant protégé des défaillances de Médiapro qui s’est révélé incapable de payer les droits télévisés promis. Aujourd’hui Mediapro ne versera finalement aux clubs professionnel français que 100 millions d’euros pour solde de tout compte au lieu des 3 milliards et 120 millions promis pour 4 ans. Finalement, face à des clubs professionnels souvent financièrement aux abois suite à l’inflation de leur budget, Canal+ a racheté au rabais les droits télévisés pour la fin de la saison 2020/2021 que Médiapro a rendu à la LFP. Les clubs professionnels toucheront finalement pour la saison 2020/2021 650 millions d’euros, bien loin des 1,15 milliards d’euros promis du temps de Médiapro et même inférieur aux 725 millions d’euros par an perçus les 4 années précédentes alors que ces droits télévisés augmentaient régulièrement depuis 20 ans.

La bulle financière créée par cette surenchère des droits télévisé est en train d’éclater. Cependant, auparavant elle avait incité les clubs à une surenchère dans leurs budgets, dérive auquel hélas le DFCO n’a pas échappé puisque son budget prévisionnel est passé de 38 M€ pour la saison 2019/2020 à 50 M€ pour cette saison 2020/2021. Une augmentation de 32% en un an qui reposait grandement sur l’envol des droits télévisés escompté mais qui finalement vont se rétrécir. Droits télévisés qui ont représenté 62% du budget du DFCO pour la saison 2019 /2020. Aussi, prétendre que les difficultés financière du DFCO sont dus à la crise sanitaire comme le prétend le président de Dijon métropole est clairement faux même si la crise du coronavirus a aggravé cette situation car induisant une diminution de la billetterie.

Concernant la billetterie du DFCO qui a effectivement diminué suite à la crise sanitaire, la métropole est déjà solidaire de ces difficultés puisque la redevance versé par le DFCO à Dijon métropole comprend environ pour moitié une part variable indexée sur le montant de la billetterie. Autrement dit, la redevance pour la saison 2019 /2020 va mécaniquement diminuer suite à la baisse de la billetterie. De ce fait, Dijon métropole est déjà solidaire des difficultés de billetterie du DFCO. La transparence aurait voulu que cet élément soit rappelé dans les documents préparatoire fournis aux élus, ce qui n’était pas le cas. La transparence aurait aussi voulu que le montant de l’exonération proposé, 800 000 € tout de même, soit précisé dans le document présentant la délibération aux élus appelés à la voter. Il fallait se reporter au projet de budget modificatif pour en connaître le montant.

Par ailleurs, les élus écologistes ont toujours déploré que la redevance d’occupation du stade soit très insuffisante. En effet, au regard des investissements de la ville et de la métropole pour la rénovation des différentes tribunes depuis 2007 soit 42 millions d’euros et des frais d’entretien réalisés par la ville et la métropole, cette redevance devrait être de 1,4 millions d’euros par an puisque le DFCO est le seul utilisateur du stade Gaston Gérard. Même hors de toute crise sanitaire, la redevance demandée est la moitié de ce qu’elle devrait être ! Les élus écologistes n’avaient d’ailleurs pas validé dans la précédente mandature la convention liant le DFCO et la métropole pour cette raison. Le manque à gagner pour la métropole est proche du million par an, c’est énorme, auquel il faut rajouter la ristourne de 2,2 M€ accordée sans fondement par la métropole l’année dernière au DFCO pour l’achat des terrains à l’Ecoparc destiné à accueillir son centre de formation. Ecoparc qui a sacrifié des terres agricoles pour son aménagement.

Les écologistes considèrent que le rôle de la métropole, face à la crise sanitaire, est effectivement de soutenir les dynamiques locales mais avec des conditionnalités écologiques et sociales pour construire une économie résiliente, décarbonée et solidaire. L’exonération proposée ne procure aucun gain environnemental. Cette exonération est délétère d’un point de vue financier car elle incite les clubs professionnel, en se substituant aux défaillances de ceux qui ont créé la bulle financière dans laquelle vit le foot, à persévérer dans leur fuite en avant. Elle envoie le message que les bénéfices espérés auraient du être capté par le privé tandis que les pertes devraient notamment être compensées par la collectivité alors qu’elles sont du à l’avidité des clubs professionnels. Cette exonération est totalement injuste socialement. Alors que la métropole est déjà solidaire avec une part variable indexée sur la billetterie et une redevance sous-évaluée, ce n’est pas aux contribuables de la métropole d’éponger les errements du capitalisme sportif. Cet argent sera beaucoup plus utile pour la transition écologique ou pour soutenir les associations dijonnaises.

Même le gouvernement, pourtant très attentif aux milieux économique, a refusé de transformer les prêts garantis par l’Etat octroyé suite à la crise sanitaire aux clubs professionnels en subventions comme lui demandaient ces clubs professionnels. Ces sociétés anonymes se refusent encore à diminuer les salaires mirobolants de leurs joueurs sachant que le salaire médian d’un joueur de Ligue 1 est de 43 000 euro brut par mois. Elles préfèrent demander au gouvernement d’être exempté de la taxe Buffet de 5% sur les droits télévisuels finançant le sport amateur et majoritairement le football amateur. Alors que ces clubs appellent à la solidarité nationale pour colmater leurs déficit suite à leur cupidité, ils se refusent à être solidaire du sport amateur. Quel formidable esprit sportif !

Les élus écologistes se sont donc opposés à cette exonération de redevance du stade en votant contre la délibération. Ils se sont aussi étonnés que seul le DFCO, seul le football, bénéficie d’une exonération de redevance d’occupation alors que les autres clubs professionnels dijonnais (DBHB, JDA, CDB, SD) n’ont pas été exemptés de leur redevance. Il y a clairement un problème d’équité avec les autres sports professionnels. Suite à la dénonciation de cette absence d’équité par les élus écologistes, M Rebsamen, Président de Dijon métropole et Maire de Dijon, s’est engagé à exonérer également de redevance les autres clubs professionnels. A ce sujet, je vous incite à regarder la vidéo de Olivier Müller1

Frédéric FAVERJON

1 https://www.youtube.com/watch?v=-tG6qlizjsI&feature=youtu.be&fbclid=IwAR3-Oel8r9A87Pu-DS129_G5zjiQK44XDWjiHNLz0Q2U86ebvG6thWx8dMg

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